François Villon (4) : La maîtrise du langage

Publié le par Fanyoun


Voir aussi François Villon
(1) et (2) et François Villon : Les thèmes Poétiques



Ce que Villon, par nécessité intérieure, avait besoin d'exprimer poétiquement atteignit sa pleine efficacité ou son suprême éclat par la maîtrise du langage et de son art. Merveilleux ouvrier qui a son outil bien en main, il use des huitains octo-syllabiques et de la ballade.
A cette géométrie, il joint la musique, le chant des rimes et des allitérations, l'expressivité des rythmes et des sons. Il sait choisir le mot juste.

Son champ lexical n'en est pas moins étendu : une langue littéraire d'une haute distinction y voisine avec la langue parlée, familière ou même argotique, sans qu'un tel assemblage n'ait rien de criard car la qualité de la versification ennoblit tout.

Frequemment toutefois, la loyauté du vocable cède la place à l'ambiguïté verbale, à l'antiphrase, aux équivoques et aux jeux de mots. Cette jonglerie, très répandue ,au surplus dans la poésie de son temps si ce n'est que chez lui elle répond en partie à ses propres anbiguïtés, ne saurait se confondre avec une  destruction du langage. En tous cas, le style de Villon ne perd jamais de sa concision nerveuse et charnue. Aquoi s'ajoute le don de l'image que relève parfois une touche de couleur, de la phrase où s'enregistrent les gestes, les mimiques, les intonations. Ce langage, où le spectacle mouvant du monde extérieur est capté, traduit aussi les inflexions mentales de l'auteur.



LE TESTAMENT



Hé! Dieu, se j'eusse estudié,
Ou temps de ma jeunesse folle,
Et a bonnes meurs dedié,
J'eusse maison et couche molle,

Mais quoi? Je fuyoie l'escolle,
Comme fait le mauvais enfant.
En escripvant cette parolle,
A peu que le cuer ne me fent.







LA BALLADE DES PENDUS




Frères humains qui apres nous vivez
N'ayez les cuers contre nous endurciz,
Car, se pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tost de vous merciz.
Vous nous voyez cy attachez cinq, six
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est pieça devoree et pourrie,
Et nous les os, devenons cendre et pouldre.
De nostre mal personne ne s'en rie :
Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre!

Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir desdain, quoy que fusmes occiz
Par justice. Toutesfois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas le sens rassiz;
Excusez nous, puis que sommes transis,
Envers le filz de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale fouldre.
Nous sommes mors, ame ne nous harie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

La pluye nous a débuez et lavez,
Et le soleil desséchez et noirciz:
Pies, corbeaulx nous ont les yeulx cavez
Et arraché la barbe et les sourciz.
Jamais nul temps nous ne sommes assis;
Puis ça, puis la, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charie,
Plus becquetez d'oiseaulx que dez à couldre.
Ne soyez donc de nostre confrarie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

Prince Jhesus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
A luy n'avons que faire ne que souldre.
Hommes, icy n'a point de mocquerie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre.


Transcription en Français moderne :


Frères humains qui après nous vivez,
N'ayez pas vos cœurs durcis à notre égard,
Car si vous avez pitié de nous, pauvres,
Dieu aura plus tôt miséricorde de vous.
Vous nous voyez attachés ici, cinq, six:
Quant à notre chair, que nous avons trop nourrie,
Elle est depuis longtemps dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poussière.
De notre malheur, que personne ne se moque,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!

Si nous vous appelons frères, vous n'en devez
Avoir dédain, bien que nous ayons été tués
Par justice. Toutefois vous savez
Que tous les hommes n'ont pas l'esprit bien rassis.
Excusez-nous, puisque nous sommes trépassés,
Auprès du fils de la Vierge Marie,
De façon que sa grâce ne soit pas tarie pour nous,
Et qu'il nous préserve de la foudre infernale.
Nous sommes morts, que personne ne nous tourmente,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!

La pluie nous a lessivés et lavés
Et le soleil nous a séchés et noircis;
Pies, corbeaux nous ont creusé les yeux,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais un seul instant nous ne sommes assis;
De ci de là, selon que le vent tourne,
Il ne cesse de nous ballotter à son gré,
Plus becquétés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!

Prince Jésus qui a puissance sur tous,
Fais que l'enfer n'aie sur nous aucun pouvoir :
N'ayons rien à faire ou à solder avec lui.
Hommes, ici pas de plaisanterie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre.









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LES BARBARES VONT ARRIVER 16/09/2008 19:28

FRANCOIS VILLON, POETE DE LA MORT ET AUSSI POETE DE LA VIE...

Fanyoun 18/09/2008 13:09


Grand poète effectivement